Il y avait près de 18.000 spectateurs lorsque les deux équipes, celle de Cologne en tête firent leur entrée sur le terrain. L'équipe de Cologne a été modifiée à la dernière minute et elle joue dans la formation suivante : But : Dohmer; arrières : Honyg, Schwan, demis : Schroeder, Gausepohl, Plate ; avants : Ulrich, Feltgen, Niggemeyer, Barges et Zieshoven. A Paris, l'équipe n'a subi aucun changement et elle se présente ainsi : But : Thépot; arrières : Anatol, Diaz; demis : Finot, Finamore, Chantrel; avants : Bunyan, Delfour, Veinante, Pavillard et Cauet. Avant le coup d'envoi Schroeder et Pavillard, les capitaines des deux équipes tirent au sort le choix du terrain après que Schroeder eut remis à Pavillard une gerbe de fleurs aux couleurs de Paris. L'équipe de Paris gagne le toss et joue avec le vent dans le dos, mais le soleil est assez gênant. La partie Les Allemands bénéficient du coup d'envoi mais ce sont les Parisiens qui, par une riposte vive attaquent les premiers. Cauet puis Bunyan ont des centres inquiétants et Paris obtient bientôt un premier corner. Dohmer dégage au poing, Veinante reprend et le gardien de but de Cologne, bien que pris à contre-pied arrête en plongeant dans le coin opposé. Les Allemands partent à leur tour et Anatol concède un corner qui va dehors. La ligne des demis parisiens prend de l'ascendant, Finamore à plusieurs reprises bat son vis-à-vis Gausepohl et sert les avants. Après quelques descentes menées vivement de part et d'autre les Parisiens s'imposent et attaquent plus souvent. Bunyan très actif lance la triplette centrale qui ne profite que rarement des efforts de son ailier droit. Pourtant Cauet en reprenant une balle de Bunyan place un joli shot que Dohmer est obligé d'aller arrêter dans le coin opposé en plongeant, le but n'est sauvé que de justesse. Le jeu n'est pas très passionnant. Les joueurs de Cologne ne se découragent pour tant pas. Chaque fois que les avants français les refoulent vers leurs buts, les Allemands qui se défendent avec énergie, essaient de remonter. Ils le font en essayant diverses méthodes profitant parfois de la rapidité de leurs ailiers, d'autre fois par des tentatives d'ouvertures en profondeur au centre, mais Anatol et Diaz se conjuguent fort bien et si Thépot doit intervenir contre quelques shots, ceux-ci sont partis de très loin. Thépot est d'ailleurs en bonne forme et il donne une belle impression de calme et de sûreté. Le gardien de but de Cologne est brillant lui aussi, c'est décidément un match où les défenses l'emportent sur les attaques et après trente minutes de jeu on a presque l'impression qu'aucun but ne sera marqué, à moins de surprise. Puis les Allemands réagissent et attaquent à leur tour, mais ils le font sans grande rapidité et leurs actions ne sont que rarement menées jusqu'au bout. Sur un corner Thépot est cependant en danger, Feltgen d'un coup de tête l'oblige à parer d'un coup de poing, sur le renvoi, Thépot sauve encore de justesse. L'équipe de Paris se reprend et domine, mais le match s'équilibre petit à petit et le jeu devient plus attrayant. Les Allemands essaient maintenant à passer par le centre, ils réussissent même une fois à trouer la défense pourtant hermétique Anatol-Diaz, mais Chantrel revient à temps pour dégager. Enfin quatre minutes avant la fin Delfour passe en avant, et Pavillard qui avait bien suivi reprend et marque le premier but. Les Allemands ripostent, Thépot arrête, puis après un shot de Bunyan qui oblige Dohmer à plonger et une sortie de Thépot qui, à quinze mètres, vient cueillir la balle dans les pieds de Zieshoven, la mi-temps est sifflée. La deuxième mi-temps Le début de la seconde mi-temps nous montre une équipe parisienne bien différente de celle de la première. Cauet a un bel essai de shot dès la première minute, mais Dohmer cueille la balle dans le coin et sur le renvoi les Allemands attaquent avec beaucoup de décision. L'équipe de Paris est dominée d'autant plus que les demis qui paraissent dominés flottent sérieusement. Mal servis, les avants parisiens ne partent plus et attendent, amputés de leurs inters, partis à l'arrière, une balle qui ne vient pas. Heureusement la défense de Paris continue à s'opposer aux actions des avants de Cologne qui, obligés de botter de trop loin manquent leurs shots. Paris se reprend enfin et un centre de Cauet vient troubler la quiétude des défenseurs allemands. Dohmer croyant s'emparer du ballon sort de ses buts et Honyg, affolé, est bien près d'envoyer la balle dans ses propres filets. Mais elle passe au-dessus du but et le corner accordé ne change rien. Paris joue contre le vent et Cologne en profite. Thépot n'est pourtant pas trop à l'ouvrage, car les joueurs allemands ne peuvent parcourir quelques mètres sans avoir immédiatement deux adversaires qui s'opposent à leur action. Le jeu n'est pas très joli. Zieshoven, bien placé, manque la réception d'un centre, imité en cela par Finot qui arrive toujours trop tard pour recevoir ou intercepter la balle. Dans les tribunes le public manifeste un juste mécontentement. L'arbitre aggrave encore la situation en sifflant des fautes qu'il est le seul à voir. Sur un coup franc, l'équipe de Paris envahit le camp de Cologne, mais Pavillard se laisse enlever la balle dans les pieds, ce qui permet à Ulrich de descendre et de shooter. Thépot arrête. Bunyan tente encore de secouer le joug. Seul, le long de la touche, il descend et shoote, mais la balle passe au-dessus. Les Parisiens se sont quand même repris, mais leur jeu est trop aérien. Une rencontre de Veinante et de Dohmer qui ceinture presque l'avant centre de Paris se termine au désavantage du gardien de but de Cologne qui sort de la bagarre en boîtant. Quelques instants après, les spectateurs ont quelques secondes d'émotion. Anatol, qui s'était avancé, se laisse passer par Zieshoven à 40 mètres; Diaz est trop loin pour intervenir, et Finot, qui s'était rabattu, tombe au moment où il arrive sur l'ailier gauche; heureusement, Finamore, bien revenu, met fin à cette phase dangereuse. Les joueurs de la Ligue attaquent avec plus d'ardeur; Veinante ouvre sur la droite et Bunyan s'en va. Seul vers le but, il dribble Schwan, puis Dohmer qui s'était avancé, et mène la balle jusque dans le but vide. Un incident se produit ensuite. Sur un contre très en hauteur de Cauet, Veinante charge durement Dohmer avant qu'il n'ait reçu la balle. Le portier de Cologne retombe mal et après quelques minutes d'interruption de la partie il doit quitter le terrain, tandis que le public conspue Veinante et demande son expulsion. Dohmer est remplacé et son successeur est pendant quelques instants à l'ouvrage. Puis, c'est au tour de Thépot d'accomplir un bel arrêt sur un shot très dur de Barges. Paris reprend la direction du jeu et joue sur les buts de Cologne. La défense allemande commence à s'affoler. Bunyan shoote sous la barre, le ballon revient vers la gauche et Veinante, de la tête, marque facilement un troisième but. Jusqu'à la fin le jeu reste le plus souvent à l'avantage des Parisiens, bien que Thépot soit obligé, à plusieurs reprises, d'arrêter des shots dangereux. Bunyan essaie encore de percer, puis c'est la fin. — A. A.-D. Comment ils ont joué Nous avons déclaré, lorsque fut connue la composition de l'équipe de Paris, que la tenue de la ligne d'avants était incertaine, parce que les joueurs désignés procédaient habituellement de manières très différentes. Nos craintes étaient fondées. Hier à Buffalo la faiblesse technique de Pavillard et Cauet, l'insuccès de l'essai de Veinante au poste de centre avant et l'activité désordonnée de Delfour aux côtés du calme et réfléchi Bunyan ont fait que l'équipe parisienne fut loin de donner ce qu'on attendait d'elle. Ces joueurs ne surent jamais conjuguer leurs efforts, Cauet incapable de bloquer le ballon centra toujours selon une trajectoire « en cloche » ; Pavillard courut après une balle insaisissable et ses passes rabotaient le sol ; Veinante s'énerva de ne pouvoir percer et joua durement. Il tarda à shooter et ne trouva pas ses intérieurs au moment psychologique; Delfour abusa des coups de tête et des courses en travers du terrain. Ce joueur plein de qualités naturelles ne sait pas les utiliser. Bunyan fut le meilleur de la ligne, mais malgré sa clairvoyance il ne fit pas un grand match. Les demis eurent souvent l'avantage sur les avants de Cologne, mais seul Finamore fut en évidence du commencement à la fin de la partie. Chantrel débuta faiblement, il avait le grand tort de ne pas marquer l'ailier qui lui est opposé, ce qui compliquait la tâche de Diaz, puis il se reprit et fut utile. Finot démontra une fois de plus qu'il n'avait pour lui que du courage et un souffle inépuisable. La défense fut la meilleure partie du « onze », mais Diaz est plus à son aise à droite qu'à gauche. Les deux arrières de Paris très bons sur la balle ne furent pas impeccables sur l'homme. Thépot joua avec sûreté et calme. Sa confiance fut très remarquée, il n'a rien à se reprocher. L'équipe de Cologne eut le mérite de défendre sa chance avec cran. Aucun joueur ne se signala particulièrement à l'attention, sauf peut-être le gardien de but Dohmer, qui anticipa avec bonheur lors des attaques parisiennes. Il fut malheureusement blessé par Veinante qui n'avait nul besoin de se montrer violent et que l'arbitre ménagea sans raison. Les deux arrières furent actifs et intervinrent efficacement pour dégager puissamment leur camp; Schwan joua mieux que Honing. Des demis, seul le centre Plate se fit parfois remarquer, mais il manque d'agilité et de démarrage, il est vrai qu'il doit peser un bon poids ! En avants le meilleur fut l'ailier gauche Zolger qui se joua maintes fois de Finot et donna du travail à Anatol; après lui Ullrich fut le plus avisé, mais la ligne manqua complètement de shot et le jeu exagérément simple qu'elle pratiqua ne pouvait suffire à déborder la défense parisienne. L'arbitrage M. Féron se plaça au niveau de la partie, sans plus. Il eut des décisions à contre-sens qui déchaînèrent contre lui la fureur des spectateurs. De plus il siffla souvent trop tard, et il arrêta plusieurs fois le jeu pour des fautes imaginaires. Il se montra clément avec Veinante lorsque celui-ci chargea très durement le gardien de but allemand qui fut blessé et quitta le terrain. Il conduisit la partie, mais ne la contrôla pas suffisamment. Il arbitra souvent mieux qu'hier, peut-être n'était-il pas inspiré devant un si mauvais football. — L. G. Le banquet Après le match, un banquet fut offert par la Ligue de Paris aux dirigeants des joueurs et dirigeants des deux équipes, dans les salons du restaurant Marguery. Ce fut une soirée fort agréable. L'on nous annonça d'abord que la recette du match s'était élevée à 136.000 francs. Au dessert, M. Jevain, président de la Ligue de Paris, prit le premier la parole. Il termina son discours en regrettant hautement que la suppression du sous-secrétariat de l'Education Physique n'ait pas permis à un représentant de M. Morinaud d'assister à cette soirée et d'y entendre tout le bien qu'on pensait de lui dans les milieux sportifs. Après M. Jevain, M. Zündorf, président de l'Association des Sports Athlétiques de Cologne, prit la parole en termes chaleureux. M. Schmidt, représentant M. l'ambassadeur d'Allemagne, prit ensuite la parole et traduisit le discours de M. Zündorf. Puis M. Chataigneau, représentant du ministère des Affaires Etrangères, en une de ces brèves allocutions toujours si goûtées, déclara que la visite d'une équipe de Cologne était particulièrement appréciée. M. Pochonnet parla au nom de la 3 F.A., et invita l'équipe de Paris à se mesurer à celle du Nord-Est, à Villers-Cotterets. Enfin, M. Victor Breyer parla au nom de la presse. L'Auto était représenté par nos collaborateurs Pefferkorn et R. Ducrocq.